LES FEMMES AGEES SONT SEULES FACE A LA DEPENDANCE

Publié le par BUREAU

Jeudi 24 avril 2008

www.la-croix.com

Les femmes agées sont seules face à la dépendance



Une enquete de l ' Institut national d ' études démographiques montre qu ' en 2030 les personnes agées dépendantes auront plus souvent un proche à leurs cotés pour s ' occuper d ' elles , sauf les femmes .

C ' est une énième inégalité hommes-femmes , mais il s ' agit sans doute de la plus difficile à vivre : la solitude face à la dépendance . Après 75 ans , une femme sur cinq se retrouve sans conjoint ni enfant pour la soutenir dans la maladie ou le handicap , alors que la situation ne concerne que 12% des hommes , soit moins d ' un sur huit .

" C ' est une inégalité flagrante que l ' on pourrait résumer ainsi : les femmes vieillissent seules , les hommes à deux " , explique Joelle Gaymu , chercheuse à l ' Institut national d ' études démographiques ( Ined ) et coordinatrice de l ' enquete européenne " Comment les personnes dépendantes seront-elles entourées en 2030 ? " .

Pour la première fois , une étude s ' est intéressée non pas à l ' augmentation croissante du nombre de personnes agées souffrant d ' une incapacité et ayant besoin d ' aides ( +80% en France dans moins de vingt-cinq ans , +72% en Europe ) , mais au contexte familial dans lequel ces hommes et ces femmes agées vonr évoluer . Les premières conclusions se montrent plutot optimistes , l ' isolement familial allant diminuer d ' ici 2030 .

Demain , avoir un proche pour s ' occuper de soi- ce que l ' on appelle un " aidant familial " - sera donc plus fréquent , sous l ' effet d ' une double tendance : l ' augmentation de l ' espérance de vie et la baisse du veuvage . Mais hommes et femmes ne seont pas égaux face à ce que Joelle Gaymu considère comme le " bonheur d ' avoir un proche à ses cotés " .

 

L ' étude de l ' Ined , menée pendant trois ans par une dizaine d ' équipes européennes , montre en effet qu ' " en l ' an 2000 , en Europe , les chances d ' avoir un conjoint auprès de soi lorsqu ' on a plus de 75 ans et que l ' on est en situation d ' incapacité sont plus élevées pour les hommes que pour les femmes : 60% contre 19% . "


Une disparité Nord-Sud

 

Ainsi , 62% des femmes ne peuvent compter que sur l ' aide éventuelle d ' un enfant et 19% d ' entre elles se trouvent sans conjoint ni enfant . Sur ce point , toutes les Européennes ne sont pas non plus à égalité , une disparité Nord-Sud se fait jour : 59% des Allemandes et 56% de Finlandaises de plus de 75 ans habitent seules , contre seulement 30% des Portugaises et 48% de Françaises . Mais , actuellement , à l ' échelle de l ' Union européenne , le risque " majeur " d ' etre sans soutien familial est " au plus haut " chez les femmes de plus de 85 ans , totalement seules dans 23% des cas .

Les raisons sont autant démographiques que culturelles . L ' espérance de vie des femmes ( 84,4 ans contre 77,5 ans pour les hommes ) fait qu ' elles sont , mathématiquement , plus touchées par le veuvage . " D ' autant qu ' il est courant qu ' une femme soit mariée à un homme plus agé , remarque Alain Rozenkier , sociologue à la direction des recherches sur le vieillissement à la Caisse nationale d ' assurance-maladie ( Cnav ) . Et avant que les femmes ne se mettent à épouser des hommes plus jeunes , il faudra une sacrée évolution des comportements ... "

En cas de veuvage ou de divorce , les femmes semblent aussi pénalisées par leur plus grande difficulté à refonder une nouvelle union . " Les hommes refont leur vie plus facilement , parce qu ' ils ont notamment plus de possibilités de rencontres , la population se féminisant en vieillissant , précise Joelle Gaymu . Et , dans ce cas-là , ils ont tendance à choisir des compagnes plus jeunes qu ' eux ! " .

D ' ici à 2030 , cette tendance , qui veut que les femmes soient plus seules face à la dépendance , devrait cependant s ' atténuer . D ' après l ' étude de l ' Ined , chez les Européennes de 85 ans et plus , la présence d ' un conjoint sera quasiment trois fois plus fréquente en 2030 qu ' en 2000 ( 22% contre 9% ) . En Europe , leur risque d ' etre sans soutien reculera aussi de 23% à 15% , et en France de 25% à 20% .


L ' Etat doit accentuer la formation des aidants familiaux

Reste toutefois une incertitude : si le fait d ' avoir un conjoint ou un enfant rend à priori moins vulnérable face à la dépendance , rien n ' indique que ces aidants conjugaux ou familiaux seront désireux ou capables de faire face aux besoins et à la demande de leur proche .

Face à la solitude de leur femme et à leur incapacité , les maris montrent généralement plus de difficulté à assumer leur role et , de ce fait , ont davantage recours à des aides professionnelles ou à des placements . Ce qui explique que les femmes vivent deux fois plus souvent en institution que les hommes .

" C ' est une question de génération , commente le sociologue Alain Rozenkier . La répartition des taches à la maison est restée sexuée . Une fois confronté au quotidien et aux taches ménagères , l ' homme , sans la femme , est plus désorienté . "

Cela fait dire à l ' Union nationale des associations familiales que l ' Etat doit accentuer la formation des aidants familiaux et développer de nouvelles structures d ' accueil temporaire pour permettre au conjoint de " souffler et respirer " .

De son coté , l ' Union nationale de l ' aide à domicile ( UNA ) insiste sur la nécessité de " distinguer le mari de l ' aidant familial , et laisser à l ' époux la possibilité d ' etre conjoint avant tout " . D ' autant que toutes les études montrent qu ' avec le vieillissement de la population , les pathologies seront plus lourdes à prendre en charge . Et si la survie des couples sera plus fréquente , le risque que les conjoints soient tous les deux dépendants sera aussi plus élevé .

 

 

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