" ON SE LIMITE A CE QU ' ON VEUT BIEN NOUS OFFRIR "

Publié le par BUREAU

Mardi 13 Novembre 2007 

Libération 

" On se limite à ce qu ' on veut bien nous offrir "

 

Ysmael Guilliorit , 29 ans , a monté une association qui emmène surfer valides et handicapés . Il reprend ses études au mois de janvier pour ne pas subir la loi du standart .

 

" Je suis en fauteuil depuis l ' age de 7 ans . J ' en ai 29 , ça fait donc vingt deux ans . J ' ai été amputé à 8 jours . Mon mal s ' appelle la bride amiotique , ça veut dire que , dans le liquide amiotique s ' est formé comme une toile d ' araignée qui a ligaturé certains de mes membres et en a empeché la croissance . J ' ai été à nouveau amputé à 16 ans , à la fin de ma croissance . J ' ai une prothèse , un fauteuil , mais rarement des béquilles , ça fait partie de ma boite à outils pour vivre .

 

J ' ai arreté la Fac en troisième année pour monter une association , Vagdespoirdans laquelle je donne bénévolement des cours de surf , à des handicapés et des valides . Ca peut paraitre bizarre , mais pour moi il s ' agit de montrer que je pouvais , malgré mon handicap maitriser ce que beaucoup de personnes valides s ' interdisent de faire . J ' assure aussi un soutien auprès des personnes handicapées au CHU Pellegrin de Bordeaux . Je discute beaucoup avec l ' entouragedes personnes handicapées , qui ont souvent l ' impression que leur vie leur tombe sur la tete . Je leur donne des repères en parlant de mon parcours aussi .

 

Je ne suis pas salarié de l ' association , je ne visque grace à l ' AAH ( allocation adulte handicapée ) . Ca me fait 620 euros par mois . C ' est de la survie . En janvier prochain , je vais terminer ma licence . J ' ai soif d ' entreprendre , je vais donc monterma boite de consulting . Je me lance . Ma boite s ' appelera Handimics , elle devra notamment apporter un soutien aux entreprises dans leur démarche de recrutement de personnes handicapées . Je pense queje suis assez crédible dans cette histoire .

 

Je ne voudrais pas généraliser , mais je dis les choses commr je les ressens , il est abérant que dans les missions handicap , il n ' y ait pas un seul handicapé. Ce sont les valides qui parlent pour nous . .Ils réfléchissent pour nous avec leur état d ' esprit de valide . Leurs arguments ne sont pas les notres . Ils ont tendance à penser qu ' à partir du moment ou on a un travail c 'est suffisant . " Pour nous faire voir du monde et avoir une vie sociale " comme ils disent . C ' est une démarche de compassion et pas de compréhension . Je ne voudrais pas dénigrer mais on dirait qu ' il y a des postes qui nous sont réservés comme le standart ou la distribution de courrier . On se limite à ce qu ' on veut bien nous offrir . Meme si la personne embauchée est titulaire d ' un Bac+2 ou +3 .

 

Mais il y a aussi une reconnaissance financière à obtenir . Un handicapé qui sera payé 1000 euros par mois , quand on lui retire le transport , le repas du midi pris à l ' extèrieur , il ne gagne parfois que 30 à 40 euros de plus que s ' il restait chez lui à toucher l ' AAH . C ' est une question de motivation aussi .

 

j ' ai l ' impression qu ' il y a une infantilisation de la personne handicapée , on nous regarde comme des enfants . Cela vient peut etre du fait que l ' onest en fauteuil roulant , alors les gens nous regardent de haut . On ne nous fait pas assez confiance , nos compétences ne sont pas reconnues , ce n ' est pas le cas partout mais c ' est assez courant . J ' ai décidé de ne pas me laisser faire , de démontrer qu ' un handicapé peut entreprendre des choses qu ' un valide n ' oserait pas faire . Je ferais partie des personnes qui s ' en sortent .

 

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