LA GREFFE DU VISAGE EN VOIE DE BANALISATION
Vendredi 22/08/2008
Associated Press
La greffe du visage en voie de banalisation
Le profane considère encore la greffe de visage comme de la science-fiction mais les experts , encouragés par les résultats positifs des dernières techniques mises en oeuvre , affirment que cette intervention pourrait devenir à moyen terme une opération de routine au meme titre par exemple que la transplantation rénale .
" Il n ' y a pas de raison de penser que ces greffes de visage ne deviendront pas un jour aussi banales que celles de rein ou de foie " , estime le docteur Laurent Lantiéri dans un article publié vendredi par la revue médicale britannique " The Lancet " . Le chef de service de chirurgie plastique et reconstructrice à l ' hopital parisien Henri-Mondor de Créteil ( Val-de-Marne ) , en banlieue parisienne , a participé en janvier 2007 à l ' opération d ' un homme défiguré par des tumeurs dues à une maladie génétique .
Deux des trois équipes médicales ayant réalisé une transplantation de face dans le monde font le point sur leurs travaux dans " The Lancet " . Le Dr Lantiéri et ses collègues affirment que l ' homme de 29 ans sur lequel ils ont greffé des joues , un nez et une bouche , a pu sourire et cligner des yeux dans les six mois . Quant au patient chinois qui avait été mordu par un ours , il pouvait manger , boire et parler normalement , et est retourné dans sa province du Yunan , quelques mois après avoir reçu fin 2006 un nouveau nez , une lèvre supérieure et une joue .
Dans les deux cas , les morceaux de visage greffés ont été rejetés plusieurs fois par le corps du receveur , jusqu ' à ce que les médecins trouvent le bon traitement . Le patient français prend toujours trois cachets par jour pour éviter un rejet , " mais c ' est moins que la plupart des diabétiques ", souligne le Dr Lantiéri .
Le Dr Bohdan Pohamac , chirurgien plasticien au Brigham and Women ' s Hospital de Boston , aux Etats-Unis , trouve " encourageant le fait que l ' on ait pu réduire relativement rapidement le dosage du traitement " . S ' il possède lui-meme l ' autorisation de pratiquer des greffes du visage , il n ' a pas participé aux opérations françaises et chinoise .
La première greffe partielle de visage -nez-lèvres-menton - a été réalisé en 2005 à Amiens ( Somme ) , sur une Française de 38 ans mordue par son chien .
Le Dr Pohamac souligne que la crainte de risque accru de cancer lié à la prise d ' immunodépresseurs à vie ne semble pas fondée . Le temps a répondu à d ' autres soucis , comme celui de la fonctionnalité du greffon . Dans le cas du patient français , qui était paralysé de la face depuis plus de dix ans , le cerveau a rétabli des connections nerveuses oubliées depuis longtemps , permettant notamment le clignement des yeux .
Mais tout le monde n ' est pas convaincu du caractère révolutionnaire de l ' opération . Le Dr Patrick Warnke , chirurgien plasticien à l ' Université allemande de Kiel , y voit une " voie sans issue " et ne croit pas à la résolution à long terme du problème de rejet . Il privilégie la culture des tissus des patients à partir de cellules souches humaines , qui possèdent la faculté d ' évoluer en n ' importe quelle cellule spécialisée du corps .
Les obstacles aux greffes de visage sont non seulement scientifiques mais aussi sociaux . " Quand on a commencé à greffer des reins , les gens hésitaient à donner pour des questions culturelles , sociales et religieuses . C ' est exactement le meme scénario aujourd ' hui " , affirme le Dr Pomahac . " Tout le monde se dit pret à accepter une transplantation de la face s ' il était défiguré , mais la vraie question c ' est : seriez-vous donneur , ou permettriez-vous qu ' un membre de votre famille donne son visage ? " , relève le Dr Lantiéri . " C ' est cela la réponse que nous devons faire changer " .